Léa – Jules Barbey d'Aurevilly
Partie 2/2
« Léa » est une nouvelle de l’écrivain français Jules Barbey d’Aurevilly. Cette nouvelle a été écrite et publiée en 1832. C’est la deuxième nouvelle de l’auteur, écrite durant sa jeunesse (il a alors 24 ans), et elle est très influencée par ses lectures romantiques. Parmi ses œuvres, on peut citer « Les Diaboliques », « Une vieille maîtresse »…
« Cet état de l’âme fut pour Réginald un mystère… un problème… un rêve. Il aurait si bien voulu le pénétrer. Efforts inouïs et perdus ! Ce désir l’arrachait de son travail dès le matin. Quand, par la persienne entr’ouverte, il apercevait Léa cueillant des fleurs au jardin et les disposant dans les vases de porcelaine de la terrasse, il quittait son chevalet et sa toile et courait auprès de la jeune fille lui parler de sa souffrance, puis du soleil qui luisait dans sa chevelure blonde, du bleu du ciel, de la fraîcheur de l’air. Puis il revenait encore à sa souffrance pour lui demander si toute nature bonne et souriante ne lui causait pas quelque bien, et il cherchait dans ses réponses un mot, un pauvre accent qui lui révélât une des faces encore obscures de cette vie étrange et étouffée. Mais rien dans sa voix, faussée par la douleur et rendue plus touchante, rien dans ses regards languissants de fatigue et d’insomnie, rien sur cet ovale qui avait déjà perdu de sa perfection et de sa grâce, que l’indolent sourire de la bienveillance. Oh ! c’était un jeu cruel que ces déceptions inattendues et renaissantes, c’était un découragement à navrer ! Tous les jours s’écoulaient aussi mornes, aussi ternes pour la jeune fille. »