Léa – Jules Barbey d'Aurevilly
Partie 1/2
« Léa » est une nouvelle de l’écrivain français Jules Barbey d’Aurevilly. Cette nouvelle a été écrite et publiée en 1832. C’est la deuxième nouvelle de l’auteur, écrite durant sa jeunesse (il a alors 24 ans), et elle est très influencée par ses lectures romantiques. Parmi ses œuvres, on peut citer « Les Diaboliques », « Une vieille maîtresse »…
« Réginald était une de ces hautes et fécondes natures toutes écumantes de spontanéité et d’avenir. Dès les premiers instants de son existence intellectuelle, Réginald avait compris l’art, et dans l’enivrement de ce pur et premier amour, il s’était juré à lui-même qu’il ne serait jamais qu’un artiste. Mais on ne commence pas par être artiste : l’homme finit par là. Quand nous sommes jeunes, à l’éclat brillant de nos rêves nous ne faisons que nous pressentir, nous deviner pour un temps lointain encore. Ce n’est que quand la passion a labouré notre cœur avec son soc de fer rougi, que nous pouvons réaliser les préoccupations qui nous avaient obsédés jusque-là. Or, il y a mille chances de mort dans la passion. Aussi peut-être serait-il vrai de dire que les hommes les plus prédestinés par leur nature à être artistes meurent avant de le devenir. Keats se brisant un vaisseau sanguin dans la poitrine était plus nativement grand poète que ce splendide lord Byron lui-même, qu’un mouvement de rage ne put pas tuer. »